Carnet de route
Campo base, l'ultima volta... e la prima volta
Le 22/03/2026 par Marie-Odile Caron et Véronique Monniotte-Dargent
L'ultima volta par Marie-Odile...
Passé le tunnel du Grand Saint Bernard, nous voici en Italie. Aoste, Turin et encore un peu de route avant d’entamer la longue remontée du Val Maira. Tout au bout, à 1640 m d’altitude se trouve notre hébergement : le refuge de Campo Base.
J’y étais déjà venue en automne il y a une dizaine d’années. Le long bâtiment militaire des années 30 reconverti en refuge dans les années 70 est semblable à lui-même : légèrement courbe pour épouser la forme de la montagne contre laquelle il est adossé, sur un seul étage, murs de pierres en partie peint en rouge brique, il est assez austère !
Les chambres dortoirs sont d’un confort relatif…
Dans la salle à manger tout en longueur, nous sommes attendus par Agnese, notre hôtesse du premier jour. Tout au long de la semaine le personnel nous réservera un accueil chaleureux. Giovanni aura à cœur de nous annoncer le menu de chaque soir, détaillant les spécialités piémontaises et locales. Le régal des papilles et l’ambiance sympathique nous ferons oublier certains inconforts, les nuits hachées ou agrémentées de quelques ronflements intempestifs…
Nous sommes 30 de divers horizons (Besançon, Montbéliard, Morteau et Vesoul) et Serge a composé 4 groupes de niveaux différents. La météo annonce du beau temps pour les 2 premiers jours de la semaine mais les risques d’avalanches sont assez élevés. Giovanni nous conseille 2 randonnées dont les itinéraires traversent des forêts de mélèzes.
Lundi matin rendez-vous à Ponte Maira pour la montée à l’Estelletta (2318 m). Les groupes sont dispersés et le numéro 3 dont je fais partie change de cap et s’oriente vers le mont Midia Sopra (2341 m).
Le sommet est un peu plus haut mais l’arrivée est étroite, de là nous apercevons nos camarades, leur sommet semble plus accueillant ! Nous profitons d’une belle descente en évitant si possible les mélèzes de la forêt touffue ! Arrivés au parking notre groupe de 6 personnes se retrouve avec une seule voiture.
Qu’à cela ne tienne, Marion possède une voiture aussi grande que son cœur et nous rentrons les 6 à Campo Base. Qui s’est préoccupé du groupe 4 pas encore revenu ? Apparemment personne… Leurs appels téléphoniques sont vains… Enfin les contacts s’établissent et une voiture redescend récupérer ce groupe de naufragés ! Ce petit incident nous fera veiller à l’organisation du transport désormais !
Mardi au départ de Chialvetta, nous effectuerons la montée au Bric Boscasso (2589 m).
Comme la météo l’avait annoncé, il neige mercredi matin. C’est le moment de sortir les jeux de société pour nous occuper en matinée. Une petite éclaircie en début d’après-midi nous pousse dehors.
En bas du refuge la piste de ski de fond nous permet d’accéder au sentier des granges Ciarviera. La montée à la croix est en dévers et le retour sous la neige ne nous met pas à l’aise !
Jeudi matin le beau temps est revenu et c’est dans la même direction, dans une ambiance de calendrier suisse que les groupes se dirigent vers le Monte Bellino (2937 m). Très beau sommet agrémenté d’une croix ornée d’un collier de perles et d’une autre structure métallique dont la signification m’échappe ! Tout autour se déploient des chapelets de montagnes à l’infini.
Vendredi sera mon dernier jour de randonnée à ski : Le col du Sautron (2685 m). Ce col situé sur la frontière franco-italienne fut un point de passage important et dangereusement utilisé par les migrants et travailleurs cherchant à s’embaucher sur les marchés de Barcelonnette au début du 20ème siècle. Je confirme que les derniers mètres m’ont quelque peu impressionnée autant à la montée qu’à la descente. La neige est parfois lourde, parfois croûtée, parfois poudreuse. Sur le dernier grand champ le soleil et le froid ont formé une fine couche de glace irisée. La fatigue se faisant sentir, c’est par une belle chute la tête dans la neige que mon nez subit quelques dégâts heureusement superficiels ! Dommage pour mon intégrité faciale car justement ce soir-là j’avais prévu une petite surprise pour le groupe. Avant le dessert et avec la complicité du personnel du refuge, je me suis permise un petit discours en italien, langue que j’affectionne et que je pratique modestement :
« Je viens d’avoir 75 ans et après de nombreuses années où j’ai participé aux semaines de randonnée, j’ai décidé que celle-ci serait la dernière (l’ultima volta). J’ai eu beaucoup de plaisir à partager avec vous des moments forts, joyeux, intimes. Je remercie toutes celles et ceux qui m’ont aidée dans des conversions parfois acrobatiques, celles et ceux qui m’ont encouragée à aller jusqu’au sommet… J’espère pouvoir encore faire des sorties à la journée dans ces belles montagnes pour vous y retrouver. »
Cette petite séquence émotionnelle s’est poursuivie avec un gâteau d’anniversaire aux couleurs du drapeau italien sans oublier un peu de Prosecco !
La semaine se terminera pour une quinzaine d’entre nous par une randonnée pédestre dont le départ le long de la rive gauche de la Maira nous est connu. C’est sous l’oratoire des granges Ciarviera que nous changeons de rive pour redescendre le chemin faisant face au refuge. Sur le sentier des amas de poils de bouquetin, des traces de pattes griffues et des crottes caractéristiques nous confirmèrent la présence du loup. Serge, Florence et moi en avions observé un en milieu de semaine depuis Campo Base.
La visite des villages et hameaux complètement désertés en hiver (sauf une ferme en activité), nous en dit long sur l’isolement de ces vallées où de nombreuse peintures religieuses murales attestent du besoin de protection de ses habitants dans les siècles passés.
Durant cette semaine certains d’entre nous n’ont pu se joindre aux groupes de randonneurs à ski. Petits bobos, douleurs diverses, états grippaux, crainte de ne pouvoir suivre leur ont laissé un peu d’amertume sans doute.
Mais les retrouvailles en fin d’après-midi autour d’un verre de bière, d’un jeu de société nous ont rassemblés dans un esprit de camaraderie et de bienveillance partagée.
Merci à tous les « GO » qui ont pris du temps et engagé leur responsabilité afin que cette semaine se déroule dans de bonnes conditions.
Merci au personnel de Campo Base pour leur sourire, leur gentillesse et leur disponibilité.
Longue vie aux semaines de randonnée à ski à Varappe et Montagne !
… e la prima volta par Véronique.
Première semaine de randonnée à ski avec Varappe et Montagne ! « Una prima volta » pour Bruno et moi qui avons répondu avec enthousiasme à l’invitation de Serge pour ce séjour dans le Val Maira.
Niché dans le sud Piémont, le Val Maira s’est révélé conforme à l’image que nous en avions : encaissé, son accès routier est tortueux et difficile avant de déboucher sur de multiples vastes vallées sauvages très adaptées au ski de randonnée. Nous y avons découvert de jolies pentes sur les alpages du Monte Bellino, des neiges variées, froide et poudreuse dans les mélèzes, de printemps dans la vallée de l’Infernetto… Sur ces terres isolées d'Italie, mais bien fréquentées par les randonneurs à ski, nous avons « chauffé« sous le soleil et le ciel d’azur ou frissonné lors d’épisodes neigeux.
Au-delà des conditions de ski, la particularité de ce séjour est le groupe : prévenant, convivial, harmonieux. Transpire effectivement du groupe, le bonheur d’être ensemble, dans l’effort où les gens s’attendent, s’entraident, s’encouragent ce qui m’a permis de repousser mes limites en faisant des dénivelés que j’imaginais inatteignables.
Le bonheur d’être ensemble est également là, après l’effort, dans le réconfort d’une bière, d’un jeu, d’une spécialité culinaire du Piémont, comme le flan de fenouil à la crème d’anchois, ou de célébration d’heureux événements au Prosecco.
Cette belle cohésion de groupe et ces forts accents d’authenticité ont également été perçus par Giovanni qui m’a souligné avoir été sensible à cet agréable « climat » au moment des adieux.
Le Val Maira est loin de la Franche-Comté, il se mérite… mais covoiturés en douceur par Jean-Georges et avec les derniers échanges conviviaux entre passagers, la route n’est pas si longue…
Merci à toutes et tous


