Carnet de route
Perfectionnement alpinisme à la cabane d'Arpitettaz
Le 16/06/2026 par Guillaume Méjat
Pour le week-end de la Pentecôte, Didier a proposé trois jours de perfectionnement à l’alpinisme depuis la cabane d’Arpitettaz, dans le Valais. Il s’agissait d’une formation régionale, réunissant cinq stagiaires (Matthieu de Lons, Loïc de Belfort, Vincent, Samuel et moi de Besançon) encadrés par trois initiateurs (Didier et Jérôme de Besançon et Fred de Belfort).
Samedi 23 mai : montée à la cabane et préparation de la course du lendemain
Après un départ matinal, nous nous retrouvons à Zinal vers 9h30. Il fait déjà très chaud et les conditions s’annoncent compliquées . Il a beaucoup neigé les semaines précédentes et l’iso 0 vient de monter à 4000 : il va falloir composer avec de la neige molle ! D’emblée, nos encadrants nous mettent dans l’ambiance : il nous faudra, pendant ces 3 jours, faire preuve d’autonomie et d’initiative. Nous prendrons les choses en main et ils seront là pour nous corriger. Loïc se charge de prendre la tête du groupe pour la montée au refuge. Les sacs sont lourds (la cabane n’étant pas encore gardée, nous devons porter la nourriture pour les trois jours) et la chaleur accablante mais, au fur et à mesure que l’on s’élève, un paysage grandiose se révèle : derrière nous, le grand Cornier et le plateau glaciaire de Moiry, devant nous, le Besso, et un enchaînement de sommets qui mènent jusqu’au Weisshorn. À l’occasion d’une petite pause, Didier fait un tour d’horizon des sommets et nous met en situation d’exercice : s’il fallait monter au Blanc de Moming, par où passerions-nous pour ne pas trop nous exposer aux rangées de séracs qui barrent le glacier et éviter les zones trop crevassées ? Après 4 heures de marche, nous trouvons la neige et apercevons le refuge : il n’est pas loin mais on risque de s’enfoncer. Ça ne rate pas : la neige porte sur quelques mètres, on s’enfonce jusqu’à la taille et rebelote jusqu’au refuge !
Arrivés à la cabane, on prend possession des lieux. Nous sommes seuls, le paysage est magnifique et la partie non gardée de la cabane est tout confort. Nous consacrons le reste de l’après-midi à une CSV pour préparer la course du lendemain : la crête de Milon est très longue et, étant donné l’enneigement, nous ne la terminerons pas. Néanmoins, dans sa première partie, elle semble relativement sèche ? Dans quelle mesure ? Nous verrons bien mais nous tentons de parer aux différentes éventualités pour éviter de réitérer l’expérience de Didier et de Jérôme qui, l’année dernière, y ont passé 18h ...
Dimanche 24 mai : arête WSW de la Tête de Milon
Réveil à 3h45 (quatre heures moins le quart, c’est mieux que trois heures et demi !). Après un rapide petit-déjeuner, nous quittons la cabane. Le ciel est bien dégagé mais le regel est médiocre. On enfonce moins que la veille mais on enfonce quand même. On parvient tout de même à arriver au col de Milon en tenant l’horaire. On attaque l’arête à 5h30. Il nous reste donc 3h30 pour tenter d’atteindre le passage clé de la course, un gendarme en 5A que l’on a fixé comme objectif de la journée. D’emblée, ça paraît plus compliqué que prévu : le gneiss de l’arête n’est pas si bon : il est glissant et, surtout, bien péteux. D’autre part, le premier tiers de l’arête devait dérouler, mais on tombe sur quelques passages un peu teigneux, un surtout : un gendarme qui ne se désescalade pas et qui se contourne par une cheminée dans laquelle rien ne tient et qui débouche sur une grande dalle lisse couverte de neige pourrie … On réussit à passer mais on perd du temps et Didier est obligé de laisser du matériel. À 9h, on arrive enfin au pied du gendarme en 5A. C’est la limite horaire qu’on avait fixée la veille pour faire demi-tour ou envisager une réchappe. Tant pis pour le 5A, on reviendra. Sur le chemin, on a repéré une corde fixe et un relais de rappel qui doivent permettre, l’hiver, de traverser l’arête à ski. Ce sera notre réchappe. Didier et Loïc poussent un peu plus loin pour tenter de récupérer le matériel laissé dans la fameuse cheminée pendant que Jérôme et Fred nous organisent un atelier confection de relais et pose de rappel. En fin de matinée, on est tous sortis de l’arête. Il ne nous reste plus qu’à tracer notre chemin dans la neige molle pour retrouver la cabane. Finalement, c’est pas si pire : la neige porte à peu près et on se retrouve sur la terrasse de la cabane plus vite que prévu. Le reste de l’après-midi, on profite du cadre, on bulle avant de faire le débriefing de la journée et de préparer le lendemain.
Lundi 25 mai : exercices de cramponnage au pied du glacier du Weisshorn
De nouveau réveil à 3h45. Aujourd’hui, pas de course mais des exercices de cramponnage dans les pentes de neige qui surplombent le refuge et qui mènent au glacier du Weisshorn. L’idée est de le rejoindre en passant par une arête morainique mi sèche-mi enneigée (si ça enfonce trop, on pourra se rabattre sur le rocher) et de grimper un peu avec les crampons sur quelques ressauts rocheux. Le regel est encore moins bon que la veille et on enfonce dès qu’on met les pieds sur la neige. On fait la trace comme on peut et on arrive dans les temps au pied du ressaut rocheux qu’on a repéré la veille. On fait deux longueurs en prenant le temps de travailler la confection des relais et on retrouve les pentes de neige. On travaille l’assurage corde courte et on joue avec l’orientation pour trouver la neige la plus dure. On est presque sur le glacier mais il est déjà l’heure de redescendre si on veut avoir une chance d’éviter les traditionnels bouchons de la route du retour. La descente est encore l’occasion d’un exercice : tracer notre itinéraire entre les barres rocheuses et en trouvant les pentes les moins prononcées. Arrivés au refuge, on se dépêche de refaire nos sacs, de vérifier qu’on a tout laissé en ordre dans la cabane et d’avaler la descente jusqu’à Zinal. Le temps d’un débriefing express dans un café et nous voilà sur la route, fatigués mais ravis de ces trois jours très riches en apprentissage.
Merci encore à Didier, Jérôme et Fred pour l’encadrement et à tous pour la bonne humeur ! Les conditions nous ont empêché d’aller au bout de la course mais elles ont été l’occasion de beaux moments d’apprentissage.







